mardi 1 janvier 2013

La petite dame qui n'avait pas de pot.

Pour cette nouvelle année, qu'elle soit bonne et juteuse....et une p'tite histoire...de voir!  

Il était une bonne fois, à 5 kilomètres à l'ouest du sud-nord-est de Pooldam, une petite dame qui habitait une petite maison au toit vert, aux murs blancs, aux volets et à la porte rouges. Autour tout était propre et goudronné de gris; ce qui rendait le bleu du ciel encore plus rose. Cette petite dame, avait tout pour être heureuse; une petite maison sus-décrite, qui avait depuis longtemps, mis à la porte le superflus et l'inutile, une petite armoire du haut qui lui servait en bas à ranger les siens, une commode bien pratique, un lit d'enfant qu'elle prenait comme lit de dame, une malle dorée suffisamment petite pour y ranger tout le surplus qu'elle aurait put avoir si elle l'avait su, une cuisinière à bois; qui permettait à la petite dame de ne plus être la seule cuisinière de la maison, une petite table, une petite chaise... 

Pendant longtemps, la question du besoin d'avoir deux chaises s'était posée, mais étant donné que la chaise était déjà occupée par la question citée plus haut, la petite dame résolue de s'asseoir sur un tabouret, ce qui libéra la chaise, et du même coup le tabouret, qui alors repris son rôle de marche pied... Tout cela dans une cuisine qui avait une quadruple vie, se prenant tour à tour pour une salle à manger, un salon et une salle de bain. Et parce qu'elle ne recevait pas ou plus, dans sa cuisine l'unité faisait office de pluriel, un verre, une assiette, une fourchette, un couteau, une cuillère à entremet, qui avait la faculté fabuleuse de devenir à café ou à soupe, si d'aucun prenait la peine de l'admirer de loin ou de près, une casserole qui ne cassait rien et pourtant qui imitait à merveille la poêle ou le chaudron et une éponge-chiffon-serpillière, du plus subtil coton. Bref tout était parfaitement et indéniablement parfait. 

Mais... un jour ou le ciel rose paraissait plus gris que le goudron bleu, on frappât à sa porte; et le « on » en question, avait une grosse moustache, un casquette jaune et une énorme enveloppe à la main. Après une bonne demi heure de prostration et de silence muet, la petite dame dit: bonjour!... Curieusement, le « on » lui répondit, et dit: bonjour! Voilà pour vous ma petite dame... aussi loin qu'elle s'en souvienne, c'était bien la première fois qu'un « on » à moustache et à casquette jaune lui parlait, en lui tendant une grosse enveloppe... Refermant la porte, la lettre à la main, la petite dame, fut assaillie de questions, les une, grosses de réponses absurdes, d'autres petites et piquantes d'ail et de poivre, d'autres encore noires et poisseuses comme de la mélasse. La lettre fut posée sur le marche pied et y resta un bon mois... Mais après tout un temps de nuits sans sommeil et de journées d'angoisse, la maison était remplie de questions, la petite dame en avait jusqu'à la taille, elle pouvait à peine atteindre la cuisinière pour chauffer son lait du matin et quand elle y arrivait enfin, le temps de trouver son verre, le lait avait refroidi. C'en était trop, alors elle pris son courage dans sa main gauche et la lettre dans la droite et l'ouvrit... une petite graine noire tomba de l'enveloppe sur le sol carrelé faisant disparaître une partie des questions, mais en créant de nouvelles... 

Les heures s'écoulèrent, et une à une les questions, firent des clips, des clops et des claps d'éclatement savonneux et la cuisine se vida, pour ne laisser en son centre qu'un duo d'acteurs et qu'une paire de questions; la petite dame, la graine, le «mais qui m'a envoyé ça? » et le « mais que vais je en faire? »... Torturer son esprit avec des questions, est un sport fatiguant, mieux vaut y faire pousser des réponses, c'est plus relaxant, pensait la petite dame. Elle décida donc qu'un admirateur du nom de...de...de...Belles moustaches, oui... Monsieur Belmustash! Oui très joli nom, lui avait offert ce petit pois noir qu'il faudrait bientôt planter et... Mais! La petite dame n'avait pas de pot... elle n'avait pas de terre non plus, qu'à cela ne tienne, son verre et un peu d'eau ferait l'affaire. Quelques jours de plus dans la vie de la petite dame, et de Poinoir, une racine, un embryon de tige, et le lait du matin, but à la cuillère directement dans la casserole... Deux semaines, les premières feuilles... la tige pisante, trop lourde et trop fragile tangue de fatigue, la cuillère et la fourchette, serve de tuteurs et le lait du matin est bu froid, aux lèvres et à la casserole. Un mois, un énorme bouton nacré... le couteau s'invite, à la ronde des tuteurs, et la petite dame mange avec les mains... Deux mois, les racines de Poinoir, ont fait exploser le verre et la casserole prend le relais, plus de lait du matin...Cette invasion, le grignotage méticuleux d'un engrenage parfait, l'angoisse du mal vivre de l'autre qui s'étend, qui vous submerge, vous ronge l'esprit... Jamais de repos, jamais... et le réveil. Le 74ème matin, la cuisine, une jungle de Bornéo, pour bac à sable, luisant de vert, dégoulinant de rosée et la petite dame dans tout ça... Et la petite dame dans tout ça? Elle pensa qu'il faudrait peut être se séparer de Poinoir, bien trop grande pour une petite dame, elle avait besoin de terre et d'air, la cuisine, la maison serait bientôt trop petite pour elles deux; mais dehors ou trouver de la terre, le goudron gris à perte de vue à en devenir aveugle n'était pas fait pour Poinoir, cette vie bien rangée, ordonnée, classifiée, étiquetée n'avait rien à donner, la petite dame se sentie tout à coup oppressée, écrasée par l'ordre, elle étouffait. 

Voilà plus de 6 mois que la petite dame ne quittait plus sont lit d'enfant, Poinoir avait depuis 2 semaines percé le plancher de sa chambre, et tous les matins offrait à la petite dame, comme pour la remercier d'avoir tant sacrifié pour elle, ses fruits rouges et sucrés et sa rosée fraîche et nacrée, la petite dame avait rajeunit de 30 années...Elle jouait se balançant de feuilles en feuilles, riant de ses bêtises... Et quand le mur de sa chambre et une partie du toit éclata sous la pression des cosses, elle ria encore plus, la petite jeune fille; parce qu'à présent le mot de dame ne voulait plus d'elle, tant la jeunesse inondait tout son être, la petite jeune fille donc, regarda le ciel avec des yeux d'enfant... alors en scrutant l'horizon, elle s'aperçut que l'anarchie la plus totale, avait pris ses quartier d'été à Pooldam, le goudron meurtri de toute part et des poinoirs partout, une forêt vautrée dans la luxure entourait à présent les ruines de sa maison... La petite jeune fille, dormait toutes les nuits blottie contre le tronc duveteux de Poinoir ou de ses sœurs, sous une neige de pétales aux senteurs de miel et de safran, sa vie n'était que rires, aventures et délectation... Et, un beau jour, parce qu'un jour comme ça est forcement beau, elle reconnu la grosse moustache et la casquette jaune... Le jeune homme avait les yeux d'un bleu encore plus rose, grand, fort et beau, elle se mit à rougir d'avoir pensé cela, et, se mit à rire de ne l'avoir pas remarqué la première fois, l'homme avec une petite pioche cassait le goudron pour y planter un pois, noir, aussi rond que Poinoir... Alors il se regardèrent, se sourirent, l'homme prit la main de la jeune fille, et dit: »Bonjour ma petite dame » et... La petite jeune fille lui répondit: »je m'appelle Suzanne et vous ? » 

FIN

Pour Giulia, ma fille à moi...

1 commentaire:

  1. Très belle histoire, très beau cadeau pour Giulia, c'est très bien écrit...

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